le pèse-nerfs – antonin artaud


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J’ai senti vraiment que vous rompiez autour de moi l’atmosphère, que vous faisiez le vide pour me permettre d’avancer, pour donner la place d’un espace impossible à ce qui en moi n’était encore qu’en puissance, à toute une germination virtuelle, et qui devait naître, aspirée par la place qui s’offrait.

Je me suis mis souvent dans cet état d’absurde impossible, pour essayer de faire naître en moi de la pensée. Nous sommes quelques-uns à cette époque à avoir voulu attenter aux choses, créer en nous des espaces à la vie, des espaces qui n’étaient pas et ne semblaient pas devoir trouver place dans l’espace.

J’ai toujours été frappé de cette obstination de l’esprit à vouloir penser en dimensions et en espaces, et à se fixer sur des états arbitraires des choses pour penser, à penser en segments, en cristalloïdes, et que chaque mode de l’être reste figé sur un commencement, que la pensée ne soit pas en communication instante et ininterrompue avec les choses, mais que cette fixation et ce gel, cette espèce de mise en monuments de l’âme, se produise pour ainsi dire AVANT LA PENSÉE. C’est évidemment la bonne condition pour créer.

Mais je suis encore plus frappé de cette inlassable, de cette météorique illusion, qui nous souffle ces architectures déterminées, circonscrites, pensées, ces segments d’âme cristallisés, comme s’ils étaient une grande page plastique et en osmose avec tout le reste de la réalité. Et la surréalité est comme un rétrécissement de l’osmose, une espèce de communication retournée. Loin que j’y voie un amoindrissement du contrôle, j’y vois au contraire un contrôle plus grand, mais un contrôle qui, au lieu d’agir se méfie, un contrôle qui empêche les rencontres de la réalité ordinaire et permet des rencontres plus subtiles et raréfiées, des rencontres amincies jusqu’à la corde, qui prend feu et ne rompt jamais.

J’imagine une âme travaillée et comme soufrée et phosphoreuse des ces rencontres, comme le seul état acceptable de la réalité.

Mais c’est je ne sais pas quelle lucidité innommable, inconnue, qui m’en donne le ton et le cri et me les fait sentir à moi-même. Je les sens à une certaine totalité insoluble, je veux dire sur le sentiment de laquelle aucun doute ne mord. Et moi, par rapport à ces remuantes rencontres, je suis dans un état de moindre secousse, je voudrais qu’on imagine un néant arrêté, une masse d’esprit enfouie quelque part, devenue virtualité.

*

Un acteur on le voit comme à travers des cristaux.

L’inspiration à paliers.

Il ne faut pas trop laisser passer la littérature.

*

Je n’ai visé qu’à l’horlogerie de l’âme, je n’ai transcrit que la douleur d’un ajustement avorté.

Je suis un abîme complet. Ceux qui me croyaient capable d’une douleur entière, d’une belle douleur, d’angoisses remplies et charnues, d’angoisses qui sont un mélange d’objets, une trituration effervescente de forces et non un point suspendu

— avec pourtant des impulsions mouvementées, déracinantes, qui viennent de la confrontation de mes forces avec ces abîmes d’absolu offert,

(de la confrontation de forces au volume puissant)

et il n’y a plus que les abîmes volumineux, l’arrêt, le froid, —

ceux donc qui m’ont attribué plus de vie, qui m’ont pensé à un degré moindre de la chute du soi, qui m’ont cru plongé dans un bruit torturé, dans une noirceur violente avec laquelle je me battais,

— sont perdus dans les ténèbres de l’homme.

*

En sommeil, nerfs tendus tout le long des jambes.

Le sommeil venait d’un déplacement de croyance, l’étreinte se relâchait, l’absurde me marchait sur les pieds.

*

Il faut que l’on comprenne que toute l’intelligence n’est qu’une vaste éventualité, et que l’on peut la perdre, non pas comme l’aliéné qui est mort, mais comme un vivant qui est dans la vie et qui en sent sur lui l’attraction et le souffle (de l’intelligence, pas de la vie).

Les titillations de l’intelligence et ce brusque renversement des parties.

Les mots à mi-chemin de l’intelligence.

Cette possibilité de penser en arrière et d’invectiver tout à coup sa pensée.

Ce dialogue dans la pensée.

L’absorption, la rupture de tout.

Et tout à coup ce filet d’eau sur un volcan, la chute mince et ralentie de l’esprit.

*

Se retrouver dans un état d’extrême secousse, éclaircie d’irréalité, avec dans un coin de soi-même des morceaux du monde réel.

*

Penser sans rupture minime, sans chausse-trape dans la pensée, sans l’un de ces escamotages subits dont mes moelles sont coutumières comme postes-émetteurs de courants.

Mes moelles parfois s’amusent à ces jeux, se plaisent à ces jeux, se plaisent à ces rapts furtifs auxquels la tête de ma pensée préside.

Il ne me faudrait qu’un seul mot parfois, un simple petit mot sans importance, pour être grand, pour parler sur le ton des prophètes, un mot témoin, un mot précis, un mot subtil, un mot bien macéré dans mes moelles, sorti de moi, qui se tiendrait à l’extrême bout de mon être,
et qui, pour tout le monde, ne serait rien.

Je suis témoin, je suis le seul témoin de moi-même. Cette écorce de mots, ces imperceptibles transformations de ma pensée à voix basse, de cette petite partie de ma pensée que je prétends qui était déjà formulée, et qui avorte,

je suis seul juge d’en mesurer la portée.

*

Une espèce de déperdition constante du niveau normal de la réalité.

O PESA-NERVOS

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Senti realmente que você rompia a atmosfera em torno de mim, que fazia o vazio para permitir que eu avançasse, para dar o lugar de um espaço impossível ao que em mim estava apenas em potência, a toda uma germinação virtual, e que devia nascer, aspirada pelo lugar que se oferecia.

Coloquei-me com frequência nesse estado de absurdo impossível para tentar fazer nascer em mim o pensamento. Somos os poucos que nessa época quiseram atentar contra as coisas, criar em nós espaços para a vida, espaços que não existiam e pareciam não poder encontrar lugar no espaço.

Sempre me surpreendi com essa obstinação do espírito de querer pensar em dimensões e espaços, de se fixar nos estados arbitrários das coisas para pensar, de pensar em segmentos, em cristalóides, e que cada modo do ser permaneça petrificado num começo, que o pensamento não esteja em comunicação instantânea e ininterrupta com as coisas, mas que essa fixação e esse gelo, essa espécie de transformação da alma em monumento se produza por assim dizer ANTES DO PENSAMENTO. Evidentemente é a melhor condição para criar.

Mas fico ainda mais surpreso com essa incansável, com essa meteórica ilusão que nos insinua essas arquiteturas determinadas, circunscritas, pensadas, esses segmentos de alma cristalizados, como se fossem uma grande página plástica e em osmose com todo o resto da realidade. E a surrealidade é como um retraimento da osmose, uma espécie de comunicação invertida. Não que eu veja nisso uma diminuição do controle, vejo ao contrário um controle maior, mas um controle que, em lugar de agir, desconfia, um controle que impede os encontros da realidade cotidiana e permite encontros mais sutis e rarefeitos, encontros adelgaçados e reduzidos a um fio, que pega fogo e nunca se rompe.

Imagino, como o único estado aceitável da realidade, uma alma trabalhada e enxofrada e fosforosa desses encontros.

Mas não sei que lucidez inominável, desconhecida, me dá o tom e o grito e faz com que os sinta como meus. Sinto-os numa certa totalidade insolúvel, quero dizer, de cuja sensação nenhuma dúvida se apodera. E eu, em relação a esses encontros turbulentos, estou num estado de ínfima comoção, quero que imaginem um nada imobilizado, uma massa de espírito enterrada em algum lugar, tornada virtualidade.

*

Vê-se um ator como através de cristais.

A inspiração por etapas.

Não se deve deixar a literatura penetrar demais.

*

Visei apenas à relojoaria da alma, apenas transcrevi a dor de uma adequação abortada.

Sou um abismo completo. Os que me acreditavam capaz de uma dor inteira, de uma bela dor, de angústias fartas e carnudas, de angústias que são uma mistura de objetos, uma trituração efervescente de forças e não um ponto suspenso

— mas com impulsos variados, desenraizantes, que vêm da confrontação de minhas forças com esses abismos do absoluto ofertado,

(da confrontação de forças de volume potente)

e há somente os abismos volumosos, a interrupção, o frio, –

os que então me atribuíram mais vida, que me pensaram num grau inferior de queda do si, que me acreditaram mergulhado num ruído torturado, numa escuridão violenta com a qual lutava,

— estão perdidos nas trevas do homem.

*

No sono, nervos crispados ao longo das pernas.

O sono vinha de um deslocamento de crença, a constrição relaxava, o absurdo não caminhava sobre os pés.

*

É preciso compreender que toda inteligência é apenas uma vasta eventualidade, e que se pode perdê-la, não como o alienado que está morto, mas como um vivo que está na vida e que sente sobre si a atração e o sopro (da inteligência, não da vida).

As titilações da inteligência e essa brusca inversão das partes.

As palavras a meio caminho da inteligência.

Essa possibilidade de pensar para trás e de injuriar imediatamente o seu pensamento.
Esse diálogo no pensamento.

A absorção, a ruptura de tudo.

E de repente esse filete de água sobre um vulcão, a queda delgada e lenta do espírito.

*

Encontrar-se num estado de extrema comoção, iluminado pela irrealidade, com pedaços do mundo real num canto de si mesmo.

*

Pensar sem a mínima ruptura, sem armadilha no pensamento, sem uma dessas escamoteações súbitas das quais minhas medulas são íntimas como postos-emissores de correntes.

Minhas medulas às vezes se entretêm com esses jogos, se divertem com esses jogos, se divertem com esses raptos furtivos presididos pela cabeça do meu pensamento.

Por vezes, seria preciso apenas uma palavra, uma pequenina palavra sem importância, para ser grande, para falar com o tom dos profetas, uma palavra testemunho, uma palavra precisa, uma palavra sutil, uma palavra bem macerada nas minhas medulas, saída de mim, que se fixaria no extremo limite de meu ser,

e que, para todo mundo, não seria nada.

Sou testemunha, sou a única testemunha de mim mesmo. Essa casca de palavras, essas imperceptíveis transformações do meu pensamento em voz baixa, dessa pequena parte do meu pensamento que desejo já ter sido formulada, e que aborta,

sou o único juiz a avaliar o seu alcance.

*

Uma espécie de esgotamento constante do nível normal da realidade.

Izabela Leal é doutora em literatura portuguesa pela UFRJ. Desenvolve, no momento, uma pesquisa de pós-doutorado sobre tradução literária e tem realizado alguns trabalhos na mesma área.

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